Contes et légendes de notre littoral landais

Et si les dunes des Landes n'étaient pas qu'un phénomène naturel ?


Le froid arrive doucement, il peut être très agréable de s’éloigner de nos écrans, qu’ils soient cathodiques ou autres, pour s’approcher de la cheminée. Le spectacle que procure le feu dans l’âtre peut s’accompagner de musiques, de jeux ou de simples papotages.

 

Nos anciens avaient coutume, au coin de ce feu, de raconter des histoires vraies ou imaginées qui faisaient le plaisir de tous, petits et grands.

 

Nous possédons sur notre littoral landais de nombreux recueils de ces histoires, dont le plus grand chantre local fut, sans aucun doute, le docteur Jean Peyresblanques*. Ardent défenseur de la langue gasconne, c’était un conteur-né, notamment lorsqu’il abordait des histoires de sorcellerie ou de ces médecines parallèles exercées par les guérisseurs qui, à une certaine époque, faisaient florès dans les Landes profondes.

 

Je vous invite à prendre quelques minutes de votre temps pour profiter et qui sait partager autour de vous la légende du « Tuc** de Bécut » :

 

« Sur la Dune, dans la maison de vacances familiale au large auvent protégé, le repas touchait à sa fin. La mer grondait toute proche et la nuit était totale. Soudain un chien aboya, puis un autre et pendant quelques instants leurs hurlements se répondirent.
– Tiens on entend les chiens de Contis !
– Pourquoi Mamé, c’est une histoire ? vite, raconte !
– Mais vous ne croyez plus à l’ogre mes enfants.
– Si, si raconte !
« Il y avait une fois un ogre terrible, un Bécut, qui vivait dans le pays. Il était énorme, barbu, poilu, avec un œil unique au milieu du front, des mollets comme une barrique à ses jambes de géants ; pensez donc ! le Diable les lui avaient pincées à la naissance et comme les fruits que l’on pince, ses jambes étaient devenus magnifiques et infatigables. Il en profitait, il pouvait courir aussi vite que le vent d’ouest quand il souffle en tempête. Il se nourrissait uniquement de petits enfants ou de jeunes filles. Il arrivait comme le vent, volait un enfant seul ou une fillette isolée et allait se repaître dans son antre situé prés d’ici, au Tuc de Bécut, que vous connaissez bien.
Les gens du pays avaient beau lui donner la chasse avec les chiens de Contis, rien n’y faisait. Les nuits sans lune, comme ce soir, les chiens hurlaient car le Bécut rôdait. Un jour, un berger furieux alluma le feu et la forêt brûla en partie mais le Bécut s’échappa avec ses grandes jambes et se réfugia dans les marais, plus furieux que jamais. Dès lors de son gros oeil unique, il choisit avec rapacité les enfants les plus beaux, les petits au berceau. Tous tremblaient.

 

Enfin, un vieux berger se décida, monté sur de grandes échasses, à aller voir la mère du vent, loin, très loin dans les Landes, du côté de Saint-Jean-de-Bourricos.
– Madame la mère du vent, pitié, je vous en supplie.
– Hoou.
– Pitié, pitié pour nous autres de Contis, aidez-nous à tuer le Bécut.
– Haouu.
– Si, si ayez pitié car il ne respecte personne, il a dit : « Même le vent ne m’attraperait pas si je veux. »
– Ho ! (la mère du vent gronda) haou. Va ! je te suis.

 

 

Et lorsque le berger arriva, il lança les chiens de Contis qui se mirent à chercher dans la nuit, et le vent furieux se mit de la partie. Tout craquait, volait, tremblait, et les gens se tenaient effrayés.
– Ah, il court plus vite que moi !…. et le vent redoublait de violence.
Le lendemain à l’aube, tout était bouleversé. Le marais où était le Bécut avait disparu. La mère du vent avait enseveli l’ogre malfaisant sous la dune de sable qui est notre Tuc du Bécut.
On félicita le vieux berger, lui demandant comment il avait fait ? Il répondit goguenard :
– L’orgueil enterre les gens.
Cric crac, le conte est fini. »

 

Les nombreux ouvrages de Jean Peyresblanques font référence dans le domaine des « Contes et légendes » régionalistes : à retrouver aux éditions Atlantica !

 

 

Didier de la Lette

 

 

*Le docteur Jean Peyresblanques, est décédé le 3 octobre 2014, il fut, entre autres, Président de la société de Borda, membre actif de Mémoire en Marensin et maire de Moliets et Maâ à la fin du siècle dernier.
**Le tuc est une anomalie caractéristique de la lande, se présentant sous la forme d’une petite dune. Dans les Landes de Gascogne d’autrefois, avant la plantation du massif forestier, une faible éminence de quelques mètres dans une contrée plate suffisait à accrocher le regard et recevait le nom de tuc.



 




Coups de

La source de YONS … perdue dans les sables
La source de Yons, un havre de paix...

- Contis -

Nos secrets

Esprit résolument nature, les pieds dans l’eau ?…
le Landestyle vous a déniché un petit coin de paradis insolite au cœur des Philippines pour un déjeuner « ouffissime ». Attention : ultra-kiff !



Top